Aujourd’hui en France, et depuis quelques jours, sur les chaînes d’information, dans les journaux et sur les ondes radio, on érige en héroïnes ces femmes qui ont avorté ou qui ont aidé d’autres à avorter, avant la légalisation de l’avortement il y a cinquante ans. L’opinion publique et les médias affichent une vision uniforme, monochrome : une seule opinion, une seule façon de concevoir la vie. La loi pour réhabiliter ces « faiseuses d’anges » a été votée à l’unanimité. Personne ne s’oppose à vous. Aucune voix ne s’élève pour représenter les fœtus avortés.
Et pourtant, encore et encore, vos émissions, vos articles, vos vidéos évoquent ces “réactionnaires”, ces “anti-choix”. Mais ce sont des opposants que vous créez de toutes pièces. Plus personne en France n’entend les voix de ceux qui ne partagent pas votre point de vue. Vous avez déjà remporté la bataille législative et médiatique. Cependant, toujours et encore, vous vous imaginez en pleine guerre contre un ennemi que vous ne connaissez pas et que vous avez fait taire.
Des opposants comme moi, jeune femme, épouse et mère. Des opposants comme beaucoup de mes amis et abonnés. Des personnes ayant une vision différente de la vôtre sur la vie et sa valeur. Nous sommes diabolisés alors que nous aspirons simplement à être la voix des êtres les plus vulnérables de la société : les êtres humains de moins de 14 semaines et les êtres humains handicapés de moins 38 semaines. Mais notre voix, elle, n’existe pas. Alors comment pourrions-nous les représenter, les défendre ?
La bataille sur le plan législatif et médiatique, vous l’avez déjà gagnée. La France est même devenue le premier pays à inscrire le droit à l’avortement dans sa Constitution. C’est le droit des femmes que vous défendez avec le plus de vigueur, celui qui vous motive à descendre dans la rue et à brandir des pancartes. Mais savez-vous combien de femmes en France sont victimes de traite humaine ? Combien subissent des violences conjugales ? Combien sont discriminées à cause de leur sexe ? Combien sont harcelées ?1Victimes de traite humaine : En 2023, environ 2 100 victimes de traite ou d’exploitation humaine ont été enregistrées en France, dont 64 % sont des femmes. Violences conjugales : En 2022, les services de police et de gendarmerie ont enregistré 244 301 victimes de violences conjugales, dont une grande majorité sont des femmes. Discriminées à cause de leur sexe : En 2021, 11,3 % des femmes en emploi ont déclaré avoir subi des discriminations ou traitements inégalitaires liés à leur sexe. Harcèlement : Les chiffres varient selon le type de harcèlement, mais une enquête de 2016 indique que 3,6 % des femmes ont déclaré avoir été confrontées à des propos obscènes ou dégradants au travail. Moi aussi, je veux me battre pour les droits des femmes. Mais je trace une frontière nette. Le droit d’ôter la vie à un être humain n’est en aucun cas, selon moi, un droit.
La vie commence à la conception, plus précisément à la fécondation. Vous le savez, et si vous ne le savez pas, vous avez le devoir de le comprendre avant de prendre position. C’est une réalité biologique indéniable. Le véritable débat ne porte pas sur ce point. Les partisans de l’avortement veulent nous faire croire qu’un être humain vivant en dessous d’un seuil arbitraire de semaines est un être humain, mais pas une personne. C’est au niveau philosophique que les véritables discussions ont lieu. Mais même les pro-avortement sont incapables de s’accorder sur le moment où un être humain devient une personne : au premier battement de cœur (six semaines) ? Au ressenti de la douleur (treize semaines) ? Quand le fœtus à l’apparence humaine (qui peut juger de ça?) ?
Et pourtant, notre opinion ne figure jamais dans les médias. Nous sommes présentés comme ces “méchants” qui veulent restreindre les droits des femmes. Je suis une femme. Je suis mère d’une fille. Je suis pour les droits des femmes. Les vrais droits des femmes. Puisque nous n’avons pas le même avis sur le début de la vie et sur qui sont les plus vulnérables de notre société, je vous fais deux demandes simples : s’il vous plaît, concentrez-vous sur les véritables droits des femmes. Utilisez votre énergie, votre talent, votre temps, vos ressources pour défendre ces femmes victimes de traite en France, celles battues par leur conjoint, celles harcelées ou discriminées. Et ne me voyez pas comme “l’ennemie méchante”, mais comme une autre femme, qui porte elle aussi les droits des femmes dans son cœur, qui veut elle aussi voir la société progresser. Votre obsession pour le droit d’ôter la vie nous divise profondément, mais pourtant vous et moi voulons défendre les droits des femmes.
Respectueusement, Morgane