Introduction
Bonjour et bienvenue sur ma chaîne guidée par sa grâce. Aujourd’hui, j’ai le plaisir d’accueillir Mathieu Lavagia, apologète catholique et auteur du livre “La Raison est Provie”.
Mathieu, bonjour. Est-ce que tu peux nous dire en quelques mots qui tu es ?
Bonjour Morgane, merci pour ton invitation. Alors moi, je m’appelle Mathieu et je travaille dans l’apologétique catholique. Donc l’apologétique, qu’est-ce que c’est ? C’est la discipline qui est consacrée à la défense rationnelle et intellectuelle de la foi. Comment est-ce qu’on défend positivement la foi chrétienne et quels arguments on peut apporter à ceux qui pourraient s’opposer à la foi ? Et comment est-ce qu’on répond à leurs objections ? C’est un peu ça la discipline de l’apologétique. J’ai commencé à m’y intéresser il y a maintenant cinq, six ans. J’ai écrit plusieurs livres sur le sujet et je me suis aussi intéressé aux questions bioéthiques : avortement, euthanasie, PMA, GPA, etc. Mon dernier livre s’intitule “La Raison est Provie : Arguments non religieux pour un débat dépassionné”. La thèse de ce livre, c’est qu’il n’y a pas besoin d’être chrétien ou religieux pour s’opposer à l’avortement. Il y a aussi de bons arguments fondés sur la raison, la science et la philosophie pour s’opposer à l’avortement. Je te remercie de m’inviter sur cette vidéo pour en parler à nos auditeurs.
Merci à toi d’être ici. Dans cette vidéo, nous allons aborder ce sujet aussi délicat qu’important : l’avortement. Tu vas répondre à toutes les objections courantes contre l’interdiction de l’avortement, à toutes les Objections Pro-Vie. Est-ce que tu es prêt ? C’est parti.
1.La vie ne commence pas à la conception
La vie ne commence pas à la conception, mais à partir du moment où le bébé peut survivre en dehors de sa mère. Cette affirmation est biologiquement fausse. Les manuels d’embryologie montrent un consensus unanime : la vie humaine commence au moment de la conception. À partir de la conception, un organisme humain génétiquement distinct est créé dans le ventre de la mère et se développe jusqu’à l’âge adulte sans interruption. Le manuel “Embryologie humaine et thératologie” dit : “Bien que la vie soit un processus continu, la fécondation est un point de repère critique car, dans des circonstances ordinaires, un nouvel organisme humain génétiquement distinct se forme”.
Un autre manuel, “L’être humain en développement : embryologie orientée vers la clinique”, précise : “Un zygote est le début d’un nouvel être humain. Le développement humain commence à la fécondation, processus au cours duquel un gamète ou un spermatozoïde mâle s’unit à un gamète ou un ovocyte femelle pour former une cellule appelée zygote. Cette cellule totipotente hautement spécialisée marque le début de chacun de nous en tant qu’individu unique”.
C’est pour cela que ce consensus scientifique est tellement écrasant que même les philosophes qui défendent l’avortement, comme David Boonin et Peter Singer, reconnaissent que l’embryon est un être humain dès le début. Selon Peter Singer, dès les premiers instants de son existence, un embryon conçu à partir de spermatozoïdes et d’ovules humains est un être humain.
Parenthèse : Je ne suis pas là pour vous juger
Je veux faire une parenthèse ici. Si vous êtes une femme qui a dû avorter, je ne suis pas là pour vous juger. Je n’ai jamais eu à faire face à cette décision. J’ai grandi et, avant, j’étais pour l’avortement sans vraiment y avoir réfléchi. Je ne sais pas quelle décision j’aurais prise si j’avais été confronté à cette situation. Je ne veux pas que vous vous sentiez jugé par ma vidéo, mais je veux que vous sachiez que Dieu et les chrétiens sont là pour vous aider. Si vous avez du mal à vivre avec ce que vous avez fait, ou si vous êtes confronté à cette décision maintenant, sur le site d’Alliance Vita, vous trouverez plusieurs services d’écoute qui pourraient peut-être vous aider. Vous pouvez aussi m’envoyer un email à guideesagrace@gmail.com.
2.Un embryon n’est pas un enfant, c’est un amas de cellules
Je pourrais répondre de manière un peu provocatrice : moi aussi je suis un amas de cellules. Est-ce que j’ai droit à la vie ? L’expression “amas de cellules” est imprécise. Un amas de cellules est défini comme un agglomérat de plusieurs cellules sans organisation ni unité. Par exemple, si vous prenez mes cellules de peau et les mettez dans une boîte de Pétri, vous obtiendrez un amas de cellules sans organisation ni unité. Ce n’est pas du tout pareil que l’embryon ou le fœtus, qui sont des organismes humains génétiquement distincts. Un organisme est une collection de parties biologiques qui coopèrent ensemble pour maintenir un être vivant complet.
Si vous donnez à un amas de cellules assez de temps, de nourriture et un bon environnement, il ne pourra jamais se développer en un membre mature de l’espèce humaine. Contrairement à un embryon qui, avec le temps, de la nourriture et un environnement adapté, deviendra naturellement un adulte. Il y a une vraie différence ontologique entre un amas de cellules et un organisme structuré avec une autonomie qui se développe vers le stade adulte.
Les pro-avortements sérieux au niveau académique ne disent jamais que l’embryon est un amas de cellules, car ils sont renseignés en matière de biologie. Un embryon, c’est le stade de développement d’un être humain, comme un adolescent. Dire qu’un embryon est un amas de cellules, c’est comme dire qu’un adolescent est un amas de cellules. Un embryon est un membre de l’espèce humaine en vie. Les termes “embryon” et “fœtus” décrivent des stades de développement de l’être humain.
Parfois, les gens disent que ce n’est pas un bébé, c’est juste un fœtus ou un embryon. Il faut leur demander : connaissez-vous la définition des mots “embryon” et “fœtus” ? En latin, le mot “fœtus” veut dire “petit porteur”. Un embryon, c’est un être humain entre la conception et les huit premières semaines de grossesse. Un fœtus, c’est un être humain entre huit semaines de grossesse et la naissance. Ce sont des stades de développement de l’être humain. Nous avons l’embryon, le fœtus, le nouveau-né, le nourrisson, le petit enfant, l’adolescent, puis l’adulte.
Ils sont des membres à part entière de l’espèce humaine. Et si on te dit que les femmes devraient avoir le droit de faire ce qu’elles veulent avec leurs corps ?
3.Les femmes devraient avoir le droit de faire ce qu’elles veulent avec leurs corps.
Je suis pour que les femmes aient une certaine liberté de faire des choix pour leur autonomie personnelle : choisir un mari, une glace, un appartement, tout ça, ce sont des choix parfaitement légitimes. Mais je pense qu’on n’est pas libre de faire tous les choix possibles. Je ne suis pas libre de choisir de tuer ma petite fille de 2 mois, ou de violer des gens dans la rue. Il y a des choix que je ne suis pas libre de faire, et c’est normal que l’État restreigne ces choix si ces choix sont contraires à la dignité humaine, s’ils font du mal à des innocents. Comme l’avortement consiste à tuer directement et volontairement un être humain innocent, c’est un homicide, et on ne devrait pas avoir le choix de faire un homicide. Dire qu’on aimerait que les femmes aient le choix, mais le choix de quoi ? De tuer leur bébé ? Non, de la même manière qu’on ne doit pas avoir le choix de tuer un nouveau-né, on ne devrait pas avoir le choix de tuer un être humain quand il est dans le ventre de sa mère, parce que tous les êtres humains ont la même valeur intrinsèque.
C’est comme dire qu’on a le droit de faire ce qu’on veut dans sa maison. C’est peut-être vrai jusqu’à un certain degré, mais si je tue quelqu’un dans ma maison, non, je n’ai pas le droit de le faire. C’est contre la loi et contre la moralité. C’est la même chose : c’est peut-être mon corps, c’est peut-être ma maison, mais il y a des choses qui sont moralement mauvaises, comme le meurtre.
4.Les femmes qui n’ont pas les moyens d’élever un enfant devraient avoir le droit d’avorter
Certaines femmes disent qu’elles sont dans des circonstances financières difficiles et qu’elles ne voient pas comment elles pourraient assumer un enfant. À ces femmes, je réponds qu’il y a plein d’associations qui existent pour les accueillir, prendre soin d’elles et les aider à poursuivre cette grossesse imprévue. En France, vous avez SOS Femme Enceinte, la Maison de Rosalie, la Maison de Marthe et Marie, et bien d’autres. Si vous avez une famille décente, cette famille devrait aussi prendre soin de vous avec cette grossesse imprévue. Il faut rassurer la femme qu’il existe des alternatives à l’avortement. On ne devrait pas laisser les femmes tuer leurs bébés pour des raisons purement économiques. Si je n’ai pas assez de ressources économiques pour prendre soin de ma fille de 2 mois, est-ce que j’ai le droit de la tuer ? Non. Si l’enfant dans le ventre de sa mère a autant de valeur que le nouveau-né, on ne devrait pas tuer l’être humain prénatal pour des raisons économiques.
ils sont des membres à part entière de l’espèce humaine. Et si on te dit que l’avortement c’est de l’ordre du privé ?
5. L’avortement c’est de l’ordre du privé
Je dirais que cela dépend de ce qu’on entend par “ordre du privé”. Oui, cela se joue dans le corps de la mère, donc en ce sens-là, c’est dans un domaine privé. Mais je n’ai pas le droit de faire tout ce que je veux dans le domaine privé. Comme tu l’as très bien dit tout à l’heure, ma maison, c’est mon domaine privé. Mon appartement, c’est moi qui l’ai acheté, il est à moi, c’est mon domaine privé. Mais je n’ai pas le droit de faire tout ce que je veux dedans. Je n’ai pas le droit de torturer les gens dedans, je n’ai pas le droit de tuer des gens dedans. Juste parce que cela se situe dans un lieu qui m’est privé, cela ne veut pas dire que j’ai le droit de commettre des homicides. Si l’avortement est un homicide, cela veut dire qu’on n’a pas le droit de le commettre, même si c’est dans un domaine qui nous touche intimement, dans notre privé. La seule question qui est importante, c’est : est-ce que l’avortement est un homicide ? Est-ce que l’avortement consiste à tuer délibérément un être humain innocent ? La science montre que c’est le cas dès le moment de la conception. L’avortement consiste à tuer un être humain innocent, car le fœtus et l’embryon sont des êtres humains innocents. La science nous le dit.
Si on te disait que si l’avortement n’était pas légal, les femmes devraient alors recourir à des méthodes dangereuses et risquer leur vie ?
6. L’avortement illégal est dangeureux
Si l’avortement n’était pas légal, les femmes devraient avoir recours à des méthodes dangereuses, et risqueraient leurs vies. C’est un argument qui revient souvent, notamment celui de Simone Veil pour justifier la dépénalisation de l’IVG en 1975. Elle disait que des femmes mouraient d’avortements clandestins parce que ce n’était pas légal, et donc elles le faisaient dans de mauvaises conditions. Donc, rendons l’avortement légal pour que ce soit sécurisé pour les femmes qui risquent de mettre leur vie en danger. Ce que je répondrais à cela, c’est que si quelqu’un s’apprête à commettre un meurtre, l’État n’a pas à l’aider à rendre ce meurtre sécurisé. On ne doit pas légaliser un crime pour que ce soit plus sécurisé pour celui qui s’apprête à le commettre. Par exemple, l’excision, la mutilation génitale féminine, est pratiquée de manière clandestine aujourd’hui en France. Il y a des gens qui pensent que c’est acceptable de pratiquer l’excision, donc mutiler des jeunes filles en France. Comme c’est illégal selon la loi, ils le font de manière clandestine. Est-ce que cela veut dire qu’on devrait légaliser la mutilation génitale féminine pour la rendre plus sécurisée ? Non, ce serait absurde de vouloir légaliser une pratique qui heurte la dignité humaine. C’est pareil pour l’avortement. Si l’avortement est un meurtre, on ne doit pas rendre le meurtre légal pour qu’il soit sécurisé. D’ailleurs, on ne peut pas dire qu’une pratique est sécurisée si la moitié des gens qui y prennent part finissent par mourir.
Et si on te disait que être contre l’avortement est une opinion purement religieuse ?
7. Être contre l’avortement est une opinion purement religieuse.
Non, pas du tout. Il n’y a pas besoin d’être chrétien, catholique, de croire en la Bible ou au Coran pour comprendre que tuer directement et volontairement un être humain innocent est immoral et devrait être illégal. Le meurtre doit être illégal. Même une personne non religieuse peut dire qu’elle s’oppose au meurtre, à l’infanticide. Si on s’oppose à tuer un bébé après sa naissance, pourquoi légitimerait-on le fait de le tuer avant ? Il n’y a pas de différence significative entre le statut moral du fœtus, qui est un être humain à un stade précoce de son développement, et le nouveau-né. Il y a quatre différences entre le fœtus et le nouveau-né : la taille, le niveau de développement, l’environnement et le degré de dépendance. Aucune de ces différences ne justifie de traiter moins dignement l’enfant à naître que le nouveau-né. Il n’y a pas besoin d’être religieux pour être d’accord avec cela. Aux États-Unis, il y a une association appelée Secular Pro-Life, composée d’athées qui s’opposent à l’avortement. Bernard Nathanson, un ancien médecin pratiquant des avortements, a appris ce que faisait l’avortement à l’enfant en voyant les techniques d’ultrason dans les années 70. Il s’est dit qu’on ne pouvait pas garder cela légal, même s’il n’était pas croyant. Il disait que dans le cas de l’avortement, nous devons décider de l’interdire en se fondant sur les données biologiques et les fondamentaux humanistes, sans faire appel à la Bible, au credo ou au décret hiérarchique, ni même à Dieu. Même si Dieu n’existe pas, le fœtus, lui, existe. Il y a aussi des personnes pro-LGBT qui s’opposent à l’avortement, car elles voient que l’avortement est un homicide. C’est une opinion sur la moralité, pas une opinion religieuse. On veut tous vivre dans une société où le meurtre est interdit.
Et si on te disait qu’il ne faut pas juger, on ne doit pas imposer son point de vue ?
8.Il ne faut pas juger, on ne doit pas imposer son point de vue.
Je suis d’accord pour dire qu’on n’est pas là pour juger le cœur des personnes, cela n’appartient qu’à Dieu, du point de vue chrétien. Je ne dirais pas à quelqu’un qu’il est une mauvaise personne parce qu’il a fait cela dans son passé. C’est gravement immoral et je ne suis personne pour le condamner. Moi aussi, j’ai fait des choses pas bien que je regrette dans ma vie. On n’a pas à juger les personnes, surtout celles qui regrettent leurs actes passés. Par contre, on peut juger un acte en tant que tel. On peut dire que le viol est immoral, l’homicide est immoral, la pédophilie est immorale. On peut porter un jugement sur des actes. Dans mon livre, je pose un jugement moral et philosophique sur l’acte d’avorter en tant que tel. Je ne me prononce pas sur les intentions des personnes, parfois des femmes enceintes qui ont eu recours à l’avortement parce qu’elles ont été poussées par leur petit ami, leur famille, etc. Ces femmes-là ne sont pas aussi responsables que leur famille ou le petit ami qui les a poussées à faire cet acte. Je ne suis personne pour juger ces femmes. On juge les actes, pas les personnes.
Et si on te disait que si vous n’avez pas d’utérus, vous n’avez pas le droit d’avoir un avis ?
9.Si vous n’avez pas d’utérus, vous n’avez pas le droit d’avoir un avis.
C’est assez ridicule, car s’il fallait avoir un utérus pour se prononcer sur l’avortement, alors la loi Veil n’aurait jamais dû être passée, car ceux qui l’ont votée étaient des hommes sans utérus. Ce critère serait autodestructeur pour la position pro-choix. Ce que veulent dire les gens qui disent cela, c’est que toi, Mathieu, tu es un homme, donc tu ne seras jamais concerné par la question de l’avortement. Mais on peut tout à fait se prononcer sur des sujets qui ne nous concernent pas directement. Par exemple, je ne suis pas noir, je ne serai jamais victime de l’esclavage, mais je peux me prononcer contre l’esclavage des noirs. Je ne suis pas une femme, je n’ai pas d’utérus, mais je peux me prononcer contre le viol des femmes. Je peux aussi me prononcer contre les bombardements sur Hiroshima et Nagasaki, même si je ne suis pas japonais et que ces bombardements ont eu lieu 50 ans avant ma naissance. Il n’y a pas besoin d’être directement concerné par un acte pour dire que cet acte est immoral.
Dans le débat sur l’avortement, ce sont les arguments qui ont de l’importance, pas les organes de ceux qui présentent les arguments. Le fait que je n’ai pas d’utérus n’affecte en rien la puissance de mon argument. Ce serait sexiste de discriminer mon argument parce que je suis un homme. Si je donne un argument et qu’une femme répète le même argument, est-ce que cet argument deviendrait soudainement plus fort parce que c’est une femme qui l’a répété ? Non, ce serait sexiste de dire cela. Pour concevoir un enfant, il faut un homme et une femme, donc nous sommes tous concernés. Si on imaginait un monde où les hommes portaient l’enfant et donnaient naissance, et que mon mari me disait qu’il voulait avorter, j’espère que j’aurais mon avis à donner là-dessus. Exclure les hommes de ce débat serait simplement discriminatoire. Ce n’est pas un argument valable.
10.Et dans les cas de viols ?
Le cas de viol est un cas particulier qui revient souvent. Les gens disent que forcer une femme enceinte à garder l’enfant jusqu’à la naissance est horrible. Je réponds deux choses. Premièrement, le pourcentage d’avortements liés au viol est de 1 %. Dans 99 % des cas, les avortements ne sont pas liés à des viols. Ces chiffres viennent de l’Institut Guttmacher, un institut pro-avortement. La question que je pose est : seriez-vous pour abolir l’avortement dans tous les autres cas que le viol, c’est-à-dire dans 99 % des cas ? En général, les gens disent non, il faut que l’avortement soit plus accessible. Donc, arrêtez de vous focaliser sur ce cas particulier du viol si vous êtes pour l’avortement même en dehors du cas de viol.
Il peut arriver que certains disent qu’ils sont contre l’avortement sauf en cas de viol. Je réponds que si vous êtes contre l’avortement, cela veut dire que vous reconnaissez que l’avortement tue délibérément un être humain innocent. Vous dites que dans certaines circonstances, c’est moralement acceptable de tuer un être humain innocent quand cette personne a été conçue par viol. Je pense qu’on ne peut pas discriminer du droit à la vie certaines personnes en fonction de la manière dont elles ont été conçues. Même si le viol est horrible et atroce pour la femme, on ne doit pas rajouter un crime à un crime qu’on a subi. Ce n’est pas parce que quelqu’un a commis un crime à mon égard que j’ai le droit de commettre un autre crime et de commettre un homicide. Si on ne donne pas la peine de mort au violeur qui est coupable, pourquoi donnerait-on la peine de mort à l’enfant innocent qui a été conçu par ce viol ? La personne qui doit être condamnée, c’est le violeur, pas l’enfant innocent.
11. Et dans le cas du handicap ?
Effectivement, c’est une épreuve tragique pour la famille d’avoir un enfant handicapé, ce n’est pas facile. Mais je poserai la question : seriez-vous prêt à tuer un nouveau-né ou un enfant de 2 ans parce qu’il est handicapé, parce qu’il est trisomique par exemple ? Les gens normalement sains d’esprit diront non, on ne peut pas tuer un enfant après sa naissance parce qu’il est handicapé, ce serait horrible de dire cela. Si l’enfant en dehors du ventre a autant de valeur que l’être humain prénatal, alors de la même manière qu’on ne tuerait pas un nouveau-né parce qu’il est handicapé, on ne devrait pas tuer l’enfant dans le ventre de sa mère parce qu’il est handicapé.
En France, c’est possible de faire une interruption médicale de grossesse (IMG) pour les pathologies considérées comme graves et incurables jusqu’au 9ème mois. On appelle cela IMG, mais c’est toujours un acte volontaire. Si on tue son enfant trisomique à cause de son handicap, c’est bien un acte volontaire. Il est légal en France de tuer son enfant trisomique jusqu’à la naissance. 96 % des enfants trisomiques en France sont avortés. C’est de l’eugénisme. Ceux qui les gardent parmi les 4 % restants sont globalement des couples catholiques ou chrétiens. Les enfants trisomiques sont aujourd’hui gravement discriminés en France dans le ventre de leur mère.
12.Et pour sauver la vie de la mère
Dans certains cas, l’avortement est nécessaire pour sauver la vie ou la santé de la mère. Il faut bien distinguer l’avortement, qui est la mise à mort directe et intentionnelle d’un innocent, d’une opération pour sauver la mère qui aurait pour conséquence secondaire non voulue la mort de l’enfant. Par exemple, dans le cas d’une grossesse extra-utérine, l’enfant grandit en dehors de l’utérus, dans les trompes de Fallope. Si on laisse l’enfant grandir, il risque de faire éclater la trompe de Fallope et tuer la mère. Le médecin doit intervenir pour sauver la mère en coupant les trompes de Fallope ou en retirant l’embryon. Cette intervention est nécessaire pour sauver la mère, mais elle aura pour conséquence secondaire non voulue la mort de l’enfant.
Comme nous n’avons pas encore les moyens technologiques disponibles pour faire survivre un embryon de petite taille en dehors du ventre, malheureusement, il finira par mourir. Mais cette mort n’est pas voulue, ni intentionnelle, ni comme fin ni comme moyen. Ce n’est pas un avortement direct. Quand l’enfant est viable, il faut tenter un accouchement par césarienne, même s’il y a peu de chance que l’enfant survive. Quand l’enfant n’est pas viable, comme dans le cas des grossesses extra-utérines, on fait une salpingectomie ou une salpingotomie.
13.Vous n’êtes pas pro-vie si vous êtes pour la peine de mort.
Certains objectent en disant que les pro-vie sont hypocrites car ils défendent la peine de mort. Ce n’est pas vrai que tous les pro-vie défendent la peine de mort. Beaucoup de gens sont contre l’avortement et contre la peine de mort pour les criminels. Cependant, ce n’est pas incohérent intellectuellement de se dire anti-avortement et pour la peine de mort dans certains cas pour les grands criminels. Le terme pro-vie devrait être plus précis, comme pro-vie innocente. Dans le cas de la peine de mort, il s’agit de grands criminels ayant commis des crimes atroces, comme des meurtres répétés, des viols, des tortures d’enfants. Il n’est pas pareil de dire que certains grands criminels méritent la peine de mort pour le bien commun de la société et de dire qu’on a le droit de tuer un être humain innocent.
Il y a un débat entre les pro-vie sur la légitimité de la peine capitale pour les grands criminels, mais c’est un débat distinct de celui de l’avortement. Les pro-vie peuvent être en désaccord sur cette question. Ce qui est incohérent, c’est de dire qu’on est contre la peine de mort pour les criminels, mais pour la peine de mort des innocents dans le ventre de leur mère. Tuer les innocents et préserver en vie les criminels, c’est le summum de l’injustice. La position pro-vie est une position sur la moralité, pas une position religieuse. Elle vise à protéger la vie innocente.
Présentation des livres de Matthieu Lavagna
Oui, bien sûr. J’ai écrit plusieurs livres. Le dernier dont nous avons parlé aujourd’hui est “La Raison est Provie : Arguments non religieux pour un débat dépassionné”. Ce livre se fonde sur la science et la philosophie sans faire appel à l’autorité religieuse, bien que j’aie ajouté un chapitre en annexe pour ceux qui souhaitent connaître la position de la foi chrétienne sur l’avortement. C’est un manuel qui offre de nombreuses réponses intellectuelles à ceux qui défendent l’avortement. Vous trouverez toutes les réponses aux objections Pro-Vie
Avant cela, j’ai écrit un livre de réponse à Michel Onfray intitulé “Non, le Christ n’est pas un mythe : libre réponse à Michel Onfray”. Ce livre montre que historiquement, il est indéniable de dire que Jésus a existé. Je m’appuie sur les travaux des historiens spécialistes, même ceux qui ne sont pas croyants, pour défendre la fiabilité des évangiles du Nouveau Testament face aux attaques de Michel Onfray.
Mon premier livre, “Soyez rationnel, devenez catholique”, est un gros livre qui vise à démontrer que la foi chrétienne est rationnelle et que les arguments en sa faveur sont solides. Dans la première partie, je donne des arguments en faveur de l’existence de Dieu fondés sur la philosophie, en reprenant les arguments de Saint Thomas d’Aquin et d’autres grands philosophes. La deuxième partie montre que Dieu s’est révélé en la personne de Jésus-Christ et que les évangiles sont historiquement fiables. La troisième partie argumente que l’Église catholique est celle que Jésus a fondée. Même pour les protestants, les deux premières parties du livre pourraient être intéressantes.
Conclusion
Merci beaucoup, Mathieu. Nous espérons que cette conversation encouragera la réflexion et le dialogue respectueux et constructif. Si vous avez des objections auxquelles Mathieu n’a pas répondu, laissez-les dans les commentaires. Merci à tous et à bientôt.
Merci à tous d’avoir regardé cette vidéo. J’aimerais en faire beaucoup d’autres. Pour me le permettre, j’ai besoin de vos likes, de vos commentaires, de vos abonnements, et si vous le souhaitez, vous pouvez aussi me soutenir en rejoignant ma communauté Patreon. Merci et à bientôt.